Смешные жеманницы (комедия Ж. Б. Мольера): текст — Les précieuses ridicules

LES PRÉCIEUSES RIDICULES

Comédie

PERSONNAGES

LA GRANGE, amant rebuté.

DU CROISY, amant rebuté.

GORGIBUS, bon bourgeois.

MAGDELON, fille de Gorgibus, précieuse ridicule.

CATHOS, nièce de Gorgibus, précieuse ridicule.

MAROTTE, servante des précieuses ridicules.

ALMANZOR, laquais des précieuses ridicules.

LE MARQUIS DE MASCARILLE, valet de la Grange.

LE VICOMTE DE JODELET, valet de du Croisy.

DEUX PORTEURS DE CHAISE.

VOISINES.

VIOLONS.

SCÈNE PREMIÈRE

LA GRANGE, DU CROISY.

DU CROISY.- Seigneur la Grange...

LA GRANGE.- Quoi?

DU CROISY.- Regardez-moi un peu sans rire.

LA GRANGE.- Eh bien?

DU CROISY.- Que dites-vous de notre visite? en êtes-vous fort satisfait?

LA GRANGE.- À votre avis, avons-nous sujet de l'être tous deux?

DU CROISY.- Pas tout à fait à dire vrai.

LA GRANGE.- Pour moi je vous avoue que j'en suis tout scandalisé. A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques* provinciales faire plus les renchéries que celles-là, et deux hommes traités avec plus de mépris que nous? À peine ont-elles pu se résoudre à nous faire donner des sièges. Je n'ai jamais vu tant parler à l'oreille qu'elles ont fait entre elles, tant bâiller; tant se frotter les yeux, et demander tant de fois: "quelle heure est-il*?"; Ont-elles répondu que oui, et non, à tout ce que nous avons pu leur dire? Et ne m'avouerez-vous pas enfin que quand nous aurions été les dernières personnes du monde, on ne pouvait nous faire pis qu'elles ont fait?

DU CROISY.- Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur.

LA GRANGE.- Sans doute je l'y prends, et de telle façon que, je veux me venger de cette impertinence. Je connais ce qui nous a fait mépriser. L'air précieux n'a pas seulement infecté Paris, il s'est aussi répandu dans les provinces, et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part. En un mot, c'est un ambigu* de précieuse et de coquette que leur personne; je vois ce qu'il faut être, pour en être bien reçu, et si vous m'en croyez, nous leur jouerons tous deux une pièce*, qui leur fera voir leur sottise, et pourra leur apprendre à connaître un peu mieux leur monde.

DU CROISY.- Et comment encore?

LA GRANGE.- J'ai un certain valet nommé Mascarille, qui passe au sentiment de beaucoup de gens pour une manière de bel esprit; car il n'y a rien à meilleur marché que le bel esprit maintenant. C'est un extravagant, qui s'est mis dans la tête de vouloir faire l'homme de condition*. Il se pique ordinairement de galanterie, et de vers, et dédaigne les autres valets jusqu'à les appeler brutaux.

DU CROISY.- Eh bien qu'en prétendez-vous faire?

LA GRANGE.- Ce que j'en prétends faire! Il faut... mais sortons d'ici auparavant.

SCÈNE II

GORGIBUS, DU CROISY, LA GRANGE.

GORGIBUS.- Eh bien vous avez vu ma nièce, et ma fille, les affaires iront-elles bien? quel est le résultat de cette visite?

LA GRANGE.- C'est une chose que vous pourrez mieux apprendre d'elles, que de nous. Tout ce que nous pouvons vous dire, c'est que nous vous rendons grâce de la faveur que vous nous avez faite, et demeurons vos très humbles serviteurs.

GORGIBUS.- Ouais il semble qu'ils sortent mal satisfaits d'ici, d'où pourrait venir leur mécontentement? Il faut savoir un peu ce que c'est. Holà.

SCÈNE III

MAROTTE, GORGIBUS.

MAROTTE.- Que désirez-vous monsieur?

GORGIBUS.- Où sont vos maîtresses?

MAROTTE.- Dans leur cabinet.

GORGIBUS.- Que font-elles?

MAROTTE.- De la pommade pour les lèvres.

GORGIBUS.- C'est trop pommadé, dites-leur qu'elles descendent. Ces pendardes-là avec leur pommade ont je pense envie de me ruiner. Je ne vois partout que blancs d'œufs, lait virginal*, et mille autres brimborions que je ne connais point. Elles ont usé, depuis que nous sommes ici, le lard d'une douzaine de cochons, pour le moins; et quatre valets vivraient tous les jours des pieds de mouton qu'elles emploient.

SCÈNE IV

MAGDELON, CATHOS, GORGIBUS.

GORGIBUS.- Il est bien nécessaire, vraiment, de faire tant de dépense pour vous graisser le museau. Dites-moi un peu ce que vous avez fait à ces messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur? Vous avais-je pas commandé de les recevoir comme des personnes, que je voulais vous donner pour maris?

MAGDELON.- Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier* de ces gens-là?

CATHOS.- Le moyen*, mon oncle, qu'une fille un peu raisonnable se pût accommoder de leur personne?

GORGIBUS.- Et qu'y trouvez-vous à redire?

MAGDELON.- La belle galanterie que la leur! Quoi débuter d'abord* par le mariage?

GORGIBUS.- Et par où veux-tu donc qu'ils débutent, par le concubinage? N'est-ce pas un procédé, dont vous avez sujet de vous louer toutes deux, aussi bien que moi? Est-il rien de plus obligeant que cela? Et ce lien sacré où ils aspirent n'est-il pas un témoignage de l'honnêteté de leurs intentions?

MAGDELON.- Ah mon père, ce que vous dites là est du dernier bourgeois. Cela me fait honte de vous ouïr parler de la sorte, et vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air des choses.

GORGIBUS.- Je n'ai que faire, ni d'air, ni de chanson. Je te dis que le mariage est une chose sainte et sacrée, et que c'est faire en honnêtes gens que de débuter par là.

MAGDELON.- Mon Dieu, que si tout le monde vous ressemblait un roman serait bientôt fini: la belle chose, que ce serait, si d'abord Cyrus épousait Mandane, et qu'Aronce de plain-pied fût marié à Clélie*.

GORGIBUS.- Que me vient conter celle-ci.

MAGDELON.- Mon père, voilà ma cousine, qui vous dira, aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver, qu'après les autres aventures. Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments; pousser* le doux, le tendre, et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple*, ou à la promenade, ou dans quelque cérémonie publique la personne dont il devient amoureux; ou bien être conduit fatalement chez elle, par un parent, ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache, un temps, sa passion à l'objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites, où l'on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante, qui exerce les esprits de l'assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandis que la compagnie s'est un peu éloignée: et cette déclaration est suivie d'un prompt courroux, qui paraît à notre rougeur, et qui pour un temps bannit l'amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser; de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur de fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlèvements, et ce qui s'ensuit. Voilà comme les choses se traitent dans les belles manières, et ce sont des règles, dont en bonne galanterie on ne saurait se dispenser; mais en venir de but en blanc à l'union conjugale! ne faire l'amour* qu'en faisant le contrat du mariage, et prendre justement le roman par la queue! Encore un coup mon père, il ne se peut rien de plus marchand que ce procédé, et j'ai mal au cœur de la seule vision* que cela me fait.

GORGIBUS.- Quel diable de jargon entends-je ici? Voici bien du haut style.